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Du CFA 2 à la Ligue 2 : la renaissance du Grenoble Foot 38 décortiquée à l'heure de la chute des Girondins de Bordeaux

Tout peut s’effondrer en un été. Les Girondins de Bordeaux en ont payé le prix fort : le 15 juillet dernier, la commission d’appel de la DNCG a confirmé l'exclusion des championnats nationaux du pensionnaire de National 1 sextuple champion de France, rétrogradé cette saison en Régional 1. Une chute vertigineuse, mais pas inédite. Quinze ans plus tôt, Grenoble, qui jouait encore en Ligue 1 deux saisons auparavant, se réveillait en CFA 2 (l’actuel National 3) après sa liquidation judiciaire. Il lui a fallu sept ans, beaucoup de patience et quelques soirées inoubliables pour revoir le monde professionnel. Ceux qui ont vécu cette remontée de l’intérieur ont accepté de la raconter à Foot National.

L'été où tout a basculé

L’histoire commence loin de l’Isère. Propriétaire du club depuis 2004, la société japonaise Index Corporation s’effondre, et le GF38 sombre avec elle. Relégué sportivement en National (aujourd'hui Ligue 3) au printemps 2011, puis administrativement en CFA (aujourd'hui National 1), le club dépose le bilan début juillet. La sentence tombe : ce sera la CFA 2. Les joueurs professionnels sont libérés, le statut pro s’envole, et le Stade des Alpes, inauguré trois ans plus tôt, semble déjà appartenir à une autre époque. "Grenoble a fait les frais de choix d’actionnaires qui n’étaient manifestement pas les bons", analyse aujourd’hui Max Marty, futur directeur général du club, auprès de notre média. Avant d’ajouter : "Il faut rendre hommage à ceux qui ont entretenu la flamme et permis au football de continuer à exister à Grenoble".

Ceux qui ont entretenu la flamme, ce sont d’abord des figures historiques du football grenoblois, dont Alain Fessler et Roger Garcin, qui reprennent les commandes du club. Pour l’équipe, ils misent sur un enfant du club : Olivier Saragaglia, qui y avait signé son premier contrat professionnel et entraînait jusque-là la réserve. "C’est mon club formateur. Je me devais d’être là à ce moment-là et de me battre pour remettre le club sur de bons rails", nous confie-t-il. Le défi a pourtant de quoi faire fuir n’importe qui. "J’ai repris le club quinze jours avant le début du championnat, et forcément, pas un seul joueur n’avait signé", se remémore l’entraîneur. Face à l’urgence, il fait le choix le moins évident. "Soit on fait signer n’importe qui pour avoir un groupe complet, soit on se dit qu’on ne va pas faire n’importe quoi, quitte à faire l’impasse sur les deux ou trois premiers matchs. Moi, j’ai pris le temps", rappelle-t-il.

Un effectif décimé

Le premier match dit tout de cette époque. Brice Maubleu, gardien emblématique du club isérois arrivé en 2003, s’en souvient comme si c’était hier. "Cela faisait seulement une semaine que nous avions repris l’entraînement. Nous n’avions même pas encore un effectif complet : nous étions partis à douze joueurs, dont trois gardiens", raconte-t-il. À Corte, en Corse, deux d’entre eux doivent jouer dans le champ. Grenoble s’impose pourtant 2-0.

Le groupe s'appuie alors sur un ADN bien à lui. "Il y avait une vraie identité locale. Nous n’avions pas besoin de recruter une multitude d’anciens professionnels : nous avions des joueurs qui connaissaient Grenoble et qui avaient envie de faire repartir le club", poursuit Maubleu. Au Stade des Alpes, plus de 2 000 spectateurs suivent les premiers matchs, une affluence rare à ce niveau, et le GF38 décroche le titre de CFA 2 dès la première saison. "Je crois même qu’il y avait plus d’ambiance quand on est repartis en CFA 2 qu’aujourd’hui en Ligue 2 à Grenoble", nous glisse Saragaglia.

En CFA, la marche est plus haute. Grenoble termine deux fois troisième de son groupe, en 2013 puis en 2014. Personne ne panique. "On savait que ça allait prendre plus de temps pour monter en National. Il ne fallait pas se précipiter", rappelle le technicien isérois. Le club se dote d’une SASP et se structure, loin des projecteurs.

L’exploit titanesque contre l’OM

Puis arrive le 4 janvier 2015. En 32e de finale de la Coupe de France, le pensionnaire du quatrième échelon reçoit l’Olympique de Marseille de Marcelo Bielsa, tout juste champion d’automne en Ligue 1. André-Pierre Gignac ouvre le score dès la 6e minute, Mourad Nasrallah égalise quatre minutes plus tard. Gignac, encore lui, redonne l’avantage aux Marseillais, mais Farès Hachi répond au retour des vestiaires. En prolongation, André Ayew croit délivrer l’OM, mais sur la dernière action du match, Selim Bengriba place une tête croisée qui fait exploser le Stade des Alpes (3-3).

Aux tirs au but, les cinq Grenoblois ne tremblent pas. Parmi eux, Nassim Akrour, meilleur buteur de l’histoire du club, qui avait mis fin à sa carrière pro et était revenu "pour donner un coup de main." Florian Thauvin, l’enfant du GF38, voit sa frappe repoussée par Paul Cattier. Grenoble l’emporte 5 tentatives à 4. "Le stade était rempli pour un club amateur qui affrontait une équipe professionnelle", se souvient Akrour. Cette rencontre permettait à la ville de retrouver un engouement qu’elle avait déjà connu par le passé. C’était quelque chose de fort pour le club et pour ses supporters".

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La séance de tirs au but Grenoble/OM

Le revers de la médaille

Ce soir-là, tout le monde voit un conte de fées. Saragaglia, lui, raconte une autre fin. "C'est l'exploit qui a fait reparler de Grenoble. Mais c'est aussi le match qui nous a coûté la montée", révèle-t-il. Leaders avant la réception de l'OM, les Isérois s'inclinent lors du match de championnat suivant, et perdent la tête du groupe jusqu’à la fin de saison : "On était devenus l'équipe à battre. Toutes les équipes voulaient nous taper".

Akrour y ajoute la fatigue d'un calendrier trop chargé, avec un match de championnat la semaine suivante, puis un autre de Coupe de France trois jours plus tard. "L'enchaînement était difficile à gérer, surtout pour certains joueurs encore jeunes. Ce sont des matchs qui demandent beaucoup d'énergie, sur le terrain comme mentalement." À l'arrivée, Grenoble termine deuxième derrière Béziers. Saragaglia ne regrette rien : "On ne pouvait pas lâcher ce match contre Marseille, dans un stade plein." Il quitte le banc à l'été 2015, la tête haute : "On s'est battus pour que ce club ne meure pas. C'est une grande fierté."

Le retour chez les pros

En coulisses, le président Stéphane Rosnoblet et Max Marty prennent le relais. "On retrouvait un grand club, dans une grande ville, avec un grand stade, mais aussi des gens meurtris par plusieurs années d’échecs", explique ce dernier. La CFA ne pardonne pourtant rien. En 2016, sous Jean-Louis Garcia, Grenoble semble enfin tenir sa montée. "Nous avions pris une dizaine de points d’avance à un moment du championnat, mais nous avons ensuite connu quelques faux pas lors de la phase retour", regrette Brice Maubleu. Lyon-La Duchère en profite pour passer devant. Encore une deuxième place, et une montée qui lui échappe une nouvelle fois.

La délivrance arrive avec Olivier Guégan. "Nous avons corrigé nos lacunes et, avec quasiment la même équipe, réussi à franchir les étapes", raconte Marty. Le gardien, lui, insiste sur l’état d’esprit insufflé par le nouvel entraîneur : "Il a réussi à créer un collectif qui vivait très bien ensemble." Le 13 mai 2017, Grenoble bat Le Puy (1-0) devant plus de 10 000 spectateurs et monte en National.

Un an plus tard, la dernière journée tourne au cauchemar : défaite contre Sannois Saint-Gratien, envahissement de terrain, et un barrage à disputer contre Bourg-en-Bresse-Péronnas. Sanctionné d’un huis clos, Grenoble s’impose 2-1 dans un Stade des Alpes désert, puis tient le 0-0 au retour. Sept ans après la liquidation, le club retrouve la Ligue 2. "Ce qui a fait la différence, c’est cette volonté collective de démontrer que Grenoble avait sa place à un niveau supérieur", souligne Maubleu.

Une leçon pour Bordeaux

Installé en Ligue 2 depuis 2018, Grenoble n’a jamais vraiment perdu cet état d’esprit. "Ce n’est jamais assez rapide", sourit Marty, pour qui l’essentiel est ailleurs : "On n’est que de passage dans un club. Notre responsabilité, pendant le temps où nous y sommes, c’est d’apporter notre pierre à l’édifice." Interrogé par Foot National sur la situation des Girondins, il refuse de présenter Grenoble comme un modèle. Il espère surtout que cette chute "servira de leçon au football français" et prévient ceux qui reprendront le flambeau : "On ne peut pas monter de plusieurs divisions en une seule saison. Il faut respecter le football amateur et reconstruire progressivement. Un club de football ne se délocalise pas, il appartient à son territoire".

Le directeur général du GF38 croit pourtant au retour des Girondins : "C’est un projet extraordinaire, à condition de ne pas vouloir aller trop vite." Maubleu, lui, voit dans la ferveur bordelaise un atout de taille : "À salaire égal, voire avec une rémunération un peu inférieure, certains préféreront venir jouer à Bordeaux plutôt que dans un club où il n’y a pas cette ambiance." Quinze ans après l’été noir de 2011, Grenoble est toujours en Ligue 2. Sans brûler les étapes, et porté par un public fidèle. Un exemple dont Bordeaux ferait bien de s’inspirer : on peut tomber tout en bas et revenir au premier plan.

Pour résumer

Liquidé en 2011 et rétrogradé en cinquième division, le Grenoble Foot 38 a mis sept ans à retrouver la Ligue 2. Entraîneur, dirigeant et joueurs racontent à Foot National cette reconstruction, de la CFA 2 à la nuit où le club a fait tomber l'OM.

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