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"On a tellement d'anecdotes qu'on ne peut pas raconter ici !" : dans ce village du Lot, cette mythique course d'endurance équestre célèbre un demi-siècle de passion
Des participants aux Deux Jours de Montcuq en 1985. Ceux de 2026 s'affronteront sur ces même chemins. Images fournies par le comité de course

l'essentiel Ce week-end, Montcuq accueille la 50ème édition des "Deux jours de Montcuq", course équestre d'endurance à la renommée internationale. Depuis un demi-siècle, des cavaliers passionnés venant du monde entier se retrouvent dans ce petit village pour participer à cette épreuve mythique. L'occasion d'ouvrir la boîte à souvenirs.

Son allemand est approximatif mais sa bonne humeur communicative. Quand une jeune cavalière venue d'outre-Rhin débarque un peu perdue à la salle des fêtes de Montcuq ce jeudi, Thierry Coudoumié est là pour l'aiguiller. Le joyeux président et organisateur des Deux Jours de Montcuq arrive, entre deux rires, à se faire comprendre. Il a l'habitude. Présent dans le public dès la première édition en 1977, il est depuis 2019 à la tête du comité d'organisation de cette course historique d'endurance de 100 km et 2x100 km à travers le Lot.

Aujourd'hui, l'événement fête ses 50 ans. L'occasion de revenir avec lui et Philippe Sabrié, ancien participant devenu secrétaire de la course, sur un demi-siècle d'histoire, de passion et de convivialité.

Débuts rocambolesques

Quand on parle des origines de cette course, impossible de ne pas évoquer Pierre Passemard, le fondateur, décédé en 2015 : "C'était vraiment un cavalier dans l'âme, se rappelle Thierry Coudoumié. Il avait son caractère mais c'était un passionné. Après avoir organisé une randonnée équestre l'année précédente, il fonde les Deux Jours de Montcuq. Grâce à ses contacts, il réussit à réunir une vingtaine de cavaliers venus de France, d'Angleterre et d'Australie."  Philippe Sabrié poursuit : "On démarrait une discipline qui n'existait qu'aux États-Unis et un peu à Florac. On était dans l'inconnue et certains voyaient cette course d'un mauvais œil, notamment vis-à-vis de la santé des chevaux."

Un mois avant le lancement, trois chevaux trouvent la mort lors d'une course d'endurance, justement à Florac. Le ministère de l'Agriculture interdit alors la course à Montcuq. Mais la ténacité de Pierre Passemard est plus forte : "Il a quand même organisé la course. Au départ, les gendarmes étaient là pour faire arrêter l'événement. Ça a été chaud, mais le préfet a finalement bloqué l'interdiction au tout dernier moment", se remémore le président.

En coulisses, Thierry Coudoumié (à droite) et ses bénévoles sont à la manoeuvre.
En coulisses, Thierry Coudoumié (à droite) et ses bénévoles sont à la manoeuvre. DDM/MS

Une décision finalement logique : "Depuis 50 ans, nous n'avons pas eu un seul accident grave, aucune mort. " Le bien-être animal est ici la priorité absolue, détaille Philippe Sabrié : "Au bout de chaque boucle, le cavalier s'arrête à un stand vétérinaire. On vérifie que la fréquence cardiaque soit inférieure à 64 battements par minute et que la température du cheval ne soit pas trop élevée. Au moindre problème, on l'arrête. Il suffit d'un peu de sang sur la commissure des lèvres pour que le cheval soit stoppé. "L'utilisation de la cravache est formellement interdite.

Convivialité et transmission

Cette course, pourtant agréée par la Fédération Équestre Internationale, ne réunit pas uniquement des cavaliers ultra-compétiteurs. "Pour nous, terminer la course, c'est déjà gagner, philosophe Philippe Sabrié, qui avait participé à l'édition de 1985. Sur les 70 couples qui partiront ce week-end, cinq ou six ambitionnent vraiment de remporter la course. Les autres viennent pour le plaisir, le partage, les paysages et l'histoire de la course."

À quelques mètres, une exposition de photos d'archives retrace 50 ans de compétition. Marin et Quentin, deux participants, naviguent entre les panneaux : "Ce serait déjà cool de finir, on ne vient pas là pour gagner. On voit avec ces photos que c'est une course mythique. Depuis tout petits, on en entend parler. C'est une fierté d'être là et de perpétuer la tradition."

À lire aussi : Deux jours de Montcuq : 117 engagés au départ

Aucune dotation financière n'est prévue pour le vainqueur. "Par contre, on récompense le maximum de cavaliers ayant terminé la course, avec des petits lots et un trophée en bois pour les gagnants", résume Thierry Coudoumié.

50 ans de rencontres

Au-delà de la course, c'est tout un microcosme qui se réunit. "En 50 ans, j'ai déjà vu participer trois générations d'une même famille", sourit le président. Chaque soir, des festivités sont organisées. Philippe Sabrié s'en souvient : "Ça peut finir très tard, vous savez ! On a vu des couples se former, d'autres se séparer, des mallettes de dollars passer de mains en mains pour acheter des chevaux. On a tellement d'anecdotes qu'on ne peut pas raconter ici !"

La soixantaine de bénévoles s'active pour installer les tables et les derniers panneaux de l'exposition. Ce soir, une vidéo rétrospective sera projetée sur écran géant. Elle réunira "toutes les images que les cavaliers nous ont envoyées, détaille Thierry Coudoumié. Les plus vieux pourront se rappeler leur époque et les jeunes mieux mesurer le poids historique de cette course". La passion et la transmission, voilà les vrais vainqueurs de la course.

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