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"Tant qu'on ne remettra pas vite la santé des joueurs au centre de la table", "On n'est pas des machines..." Ugo Mola et Antoine Dupont alertent sur "la casse incroyable" dans le rugby professionnel
Antoine Dupont et Ugo Mola sont inquiets pour la santé des joueurs. DDM, Laurent Dard

l'essentiel Alors que le Stade Toulousain est particulièrement impacté par les blessures en ce début de saison, son manager Ugo Mola et son capitaine Antoine Dupont ne cachent pas leur préoccupation face à un phénomène qui pourrait prendre de plus en plus d'ampleur si rien ne change.

De la casse, encore de la casse, toujours de la casse. Au Stade Toulousain, les semaines se suivent et se ressemblent malheureusement depuis le début de la saison. "Les blessures nous interrogent beaucoup, livre Ugo Mola. On a évidemment analysé les causes en interne pour essayer de comprendre s'il y avait des choses à rectifier, et il y en a toujours. Sauf que le spectre des blessures et les différentes blessures nous posent quand même problème et souci."

Un ligament croisé d'un genou pour Clément Vergé lors de la présaison, le latéral externe pour Emmanuel Meafou face à Vannes sur un plaquage dangereux, l'épaule de Thibaud Flament face à Bayonne, un petit nettoyage du genou pour Jack Willis durant l'été ou encore le pied de Nelson Epée : le quadruple champion de France en titre dénombre déjà cinq opérations depuis le mois de juillet.

Elles se rajoutent à celles, la saison dernière, de Mathis Castro-Ferreira (cheville), Malachi Hawkes (tendon d'Achille), Anthony Jelonch (épaule) ou Léo Banos (cervicales), qui n'ont pas encore disputé la moindre minute depuis la reprise. Tout comme Valentin Delpy, touché en août à Gérone (épaule). Pierre-Louis Barassi (cheville), n'en a disputées que six à La Rochelle, Paul Mallez (tendon d'Achille) à peine plus (52).

"J'ai cru voir qu'un média annonçait plus de 100 blessures"

De quoi chagriner le manager toulousain : "Cela me peine parce que ce sont trois joueurs opérés au poste si je ne prends que l'exemple des deuxième ligne. Mais on perd en moyenne deux-trois joueurs par match. Alors quand je dis "on", je regarde un peu, j'ai cru voir qu'un média annonçait plus de 100 blessures majeures. Il y a un cas réel de niveau de blessures, mais qui est totalement lié à la configuration de notre rugby."

En toile de fond, le calendrier et l'enchaînement des compétitions, les meilleurs joueurs jonglant entre Top 14, Champions Cup et équipes nationales. "Je ne suis pas là pour le changer ou le dénoncer, vous le connaissez tous. Même ceux qui ont eu six semaines de préparation, c'est juste le minimum pour arriver à peu près prêt aux joutes du Top 14."

Entre la reprise des internationaux et la première journée à La Rochelle, les Toulousains n'en ont eu que trois, le staff optant, comme souvent ces dernières saisons, pour une longue coupure estivale. "Je pense qu'on a été un peu précurseurs en termes de gestion pour essayer de ne pas exposer trop nos joueurs, enchaîne Mola. Mais quand tu perds Meafou, Flament et Vergé, malheureusement, Josh Brennan va enchaîner au détriment peut-être de ses performances individuelles et peut-être même la possibilité de jouer ailleurs (avec les Bleus, NDLR). Donc c'est ça qui est gênant, peinant et on essaie de trouver des solutions."

"On n'est pas là pour se victimiser ou encore moins pleurer comme certains vont de suite nous dire"

Réfutant l'idée que les Toulousains s'apitoieraient sur leur sort - "On n'est pas là pour se victimiser ou encore moins pleurer comme certains vont de suite nous dire, mais c'est la réalité du Top 14", il lance un véritable cri d'alerte. "Il y a une casse incroyable et je pense que tant qu'on ne remettra pas vite la santé des joueurs au centre de la table... Mais elle doit préoccuper les joueurs en un, les environnements en deux et les institutions surtout très rapidement."

Avec un exemple frappant, celui d'Antoine Dupont, revenu à un excellent niveau après avoir bénéficié d'une préparation normale cet été. "Quand Antoine est sur le terrain et dans des dispositions physiques acceptables, ça reste Antoine Dupont. C'est un joueur majeur de notre effectif, mais c'est aussi un joueur capable de faire des différences et de mener son équipe, puisqu'il sera capitaine dimanche. Il ne déroge pas à la règle de se préparer, se reposer, s'entraîner et performer. Quand on lui donne le temps de se préparer, quand on lui donne le temps de récupérer, quand on lui donne le temps de s'entraîner, on a un joueur qui est peut-être un peu plus en phase avec ses qualités et son talent."

L'intéressé, mobilisé sur tous les fronts entre le club et l'équipe nationale, ne peut qu'acquiescer. "Cela faisait quatre ans que je n'avais pas débuté une saison normalement. Mais je pense que ce qui m'a fait du bien, c'est surtout la coupure de cet été. Au final, quand je suis revenu de mon genou (fin novembre 2025, NDLR), j'ai fait une vingtaine de matchs (21) alors que je n'ai joué que la moitié de la saison."

Logiquement, après un retour en trombe, ses prestations ont fini par s'en ressentir, avec une claire chute de régime à partir de la fin du Tournoi des VI Nations. "Ça a été dur de tout enchaîner. J'ai eu une baisse de forme physique, dit-il. J'avais du mal à enchaîner les matchs, à enchaîner les efforts sur le terrain et du coup, c'était plus compliqué."

"Il n'y a jamais un week-end où tu peux te la faire tranquille, tu es toujours obligé d'être à fond"

Décisif lors des phases finales de Top 14, il était censé partir dans l'hémisphère Sud pour prendre part au Championnat des nations, mais a finalement dû déclarer forfait en raison d'un souci à un mollet. De quoi profiter pleinement de l'été pour recharger les batteries. "La période estivale m'a fait beaucoup de bien afin de pouvoir me régénérer, me repréparer, et espérer pouvoir enchaîner dans la meilleure forme toute la saison qui va être longue aussi", avoue le capitaine des Bleus.

Une coupure salutaire dans un Top 14 où "il n'y a jamais un week-end où tu peux te la faire tranquille, tu es toujours obligé d'être à fond". Un championnat qui nécessite une exigence quotidienne. "Les semaines d'entraînement ont beaucoup évolué aussi, comparé à quand j'ai débuté, se souvient-il. Aujourd'hui, c'est dur de pouvoir enchaîner parce qu'elles sont très dures physiquement donc il faut toujours être au top. Cela fait qu'on ne peut pas jouer tous les matchs. Et malgré ça, il faut quand même tous les gagner si on veut être devant. Donc c'est toute la complexité des staffs qui essayent de faire au mieux pour préserver la santé des joueurs, mais qui ont aussi des objectifs élevés dans tous les clubs."

À l'instar de son manager, lui aussi alerte sur les risques auxquels les joueurs sont exposés : "On en voit qui sont obligés de faire toutes les feuilles de match, d'enchaîner tous les matchs, et arrive un moment de la saison où, si ce n'est pas la blessure, c'est la contre-performance. Parce qu'à un moment donné, on n'est pas des machines non plus."

Lucide, il sait que l'équation demeure complexe à résoudre : "Ce n'est pas évident, mais de toute façon, il faut trouver des solutions là-dedans. Je ne pense pas que le temps de jeu effectif soit parti pour baisser, que les joueurs vont être moins costauds et aller moins vite. Tant mieux pour le spectacle et pour les spectateurs tous les week-ends. Mais nous, à l'intérieur, avec des effectifs, qu'on essaye de faire de plus en plus larges, ce n'est pas évident non plus au vu des contraintes de chaque club. On doit s'adapter mais c'est sûr que c'est bien plus dur d'enchaîner les matchs aujourd'hui qu'il y a 10 ans."

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