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Route du rhum - Armel Le Cléac'h : « Quand le sommeil est très profond, je me demande parfois où je suis »
Navigation sur l’Ultim BP XI entre Pointe à Pitre et Les Saintes avec Armel Le Cléac’h le 27 février 2026
Photo Vincent Curutchet / BPCE
Navigation sur l’Ultim BP XI entre Pointe-à-Pitre et Les Saintes avec Armel Le Cléac’h le 27 février 2026. Vincent Curutchet/BPCE

C'est la course qui manque à son extraordinaire palmarès. Armel Le Cléac’h, skipper du trimaran « Maxi Banque Populaire XI » vise la victoire dans la Route du rhum dont le départ est programmé dimanche à Saint-Malo. Le Breton a déjà tout gagné ou presque, la course en solitaire du Figaro (trois fois), des transats en double et, surtout, le Vendée Globe, le fameux tour du monde en solitaire. Mais pas cette épreuve majeure de la course à la voile qui réunit cette année un plateau riche de 115 participants. Dont huit bateaux dans la catégorie reine dite des Ultims, celle de « Banque Populaire ». Des géants des mers alignés le long d’un quai au pied de la citadelle malouine. On les voit de très loin : leur taille impressionne lorsque l’on s’approche d’eux. Celui d’Armel le Cléac’h mesure 32 mètres de long et 23 mètres de large. Quant à son mat, il culmine à 35 mètres de haut. Cet engin équipé de foils est capable de foncer à près de 100 kilomètres heure en volant parfois jusqu’à un mètre cinquante au-dessus de l’eau.

Rien d’insurmontable toutefois pour ce navigateur chevronné. À trois jours du départ, il affiche un calme sans faille lorsque nous le rencontrons, privilège rare, dans le cockpit situé à l’arrière de la coque principale du navire. Pour y pénétrer, il faut être souple. On descend par une échelle verticale avant de marcher à quatre pattes sur deux ou trois mètres. On accède ainsi à un espace d’une douzaine de mètres carrés, son petit territoire dont il connaît chaque recoin. Deux gouvernails, un winch, plusieurs écrans et un équipement de vie composé notamment d’une bouilloire, d’un siège et d’un lit en Bultex bleus. Le navigateur est déjà dans sa course. « On se projette sur la météo du départ, c’est ça qui nous donnera le tempo : elle s’annonce bonne avec un vent de nord-est et du soleil, analyse Armel Le Cléac’h ; on partira donc dans de bonnes conditions. Après, on verra. Ce sera engagé comme toujours, rien n’est jamais facile. »

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Un trésor de technologie

Bourré de capteurs (près de 300 !), le trimaran dépend beaucoup de la bonne marche de son arsenal électronique. Pour aller vite il faut allier sens de la mer et maîtrise de la technologie embarquée. « Je fais le parallèle avec le monde l’espace, je suis un peu un spationaute en mission, analyse le marin ; on me demande de connaître tous les éléments de la fusée. » Tous, vraiment ? « Oui, tous, forcément. C’est le travail que l’on a fait pendant des semaines, des mois en utilisant le bateau, martèle-t-il ; ce bateau, on le connaît bien maintenant, c’est sa sixième saison. Avec, j’ai fait un tour du monde en solitaire et plusieurs traversées de l’Atlantique. C’est comme un instrument de musique pour moi ! »

Armel Le Cléac'h à bord de « Banque Populaire XI ».
Armel Le Cléac'h à bord de « Banque Populaire XI ». Jeremie Lecaudey

Son pilotage n’est cependant pas à l’abri des surprises. En cause, les nombreuses améliorations apportées au fil des années pour gagner de la vitesse. « Le bateau a cinq ans, mais il a quand même évolué, reconnaît Armel Le Cléac’h. On a mis des nouveaux appendices, des nouveaux foils par exemple. À chaque fois que l’on introduit des nouveautés ou des mises à jour, il faut retrouver les bons réglages. Par rapport à la dernière Route du rhum en 2022, le bateau a énormément progressé en performances. On a essayé de le rendre très polyvalent en vue du parcours de la route du Rhum. » L’épreuve qui relie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe reste donc son objectif principal. « C’est dans cette course que la catégorie des Ultims est la mieux mise en lumière, justifie-t-il. Parmi les 115 bateaux engagés, on sait que c’est l’un d’entre nous qui va arriver premier en temps réel. Même s’il y a d’autres catégories, c’est que retiendra le grand public. »

« Banque Populaire » affronte directement 7 bateaux dont il connaît assez bien les forces et les faiblesses, à l’exception du nouvel entrant « Edmond de Rothschild », barré par Charles Caudrelier. « C’est sa première course, on n’a pas encore navigué contre eux. Il y a pas mal d’inconnues. » Quelle sera sa tactique pour l’emporter dans une traversée qui devrait durer moins de sept jours ? « On ne peut pas être conservateur, mais on ne peut non plus prendre des risques totalement fous, car il n’y aura pas de moment pour se rattraper comme sur un tour du monde par exemple, soupèse-t-il, c’est celui qui fera le moins d’erreurs qui gagnera. Sur les huit Ultims, on est cinq à jouer la victoire. »

Gérer l'imprévisible et la fatigue

Une inquiétude subsiste, celle de connaître une avarie imprévue. « C’est comme en sport automobile, on a beau avoir fait des milliers d’heures sans casse dans toutes les conditions, on a beau tout contrôler, on exerce un suivi permanent de chaque pièce, un problème mécanique peut survenir le jour de la course sur une pièce avec laquelle on n’avait jamais eu de souci, » explique celui qui est par ailleurs ambassadeur de la marque de voitures japonaises Lexus. Invité au 24 Heures du Mans par celle-ci, il a identifié des points communs entre sa discipline et le sport automobile. À commencer par la présence d’une équipe qui va l’aider, à distance et H24, à faire les bons choix pendant la course. Passé le départ, il sait ce qui l’attend physiquement. Sept jours, seul en mer dans un vacarme assourdissant et sans temps mort, car « Banque Populaire » ne ralentit jamais sa marche en avant. D’où l’enjeu vital de bien gérer des périodes de repos ultra fractionnées. Dans ce domaine aussi, tout est anticipé. « J’espère dormir au total entre deux heures et quatre à cinq heures par vingt-quatre heures, prévoit-il. Je vais faire des siestes de 20, 30 à 40 minutes, dès que possible, le plus souvent possible. On va même les programmer dans notre stratégie. On sait par exemple, que la première nuit va être assez intense, car il y a beaucoup de trafic et de dangers lors de la traversée de la Manche. »

Ultim Banque Populaire XI - Skipper / Armel Le Cléacâ™h - 8/9/2026
Photo: Vincent Curutchet / BPCE
Ultim « Banque Populaire XI », le géant des mers piloté par Armel Le Cléac'h. Vincent Curutchet /BPCE

Plus facile à dire qu’à vivre. « Avant de dormir, je dois régler mon bateau et paramétrer les alarmes. L’idéal, c’est d’être réveillé par mon réveil mais quand le sommeil est très profond, je me demande parfois où je suis. Avec les mouvements, le bruit et l’ambiance, cela me revient très vite ! » L’idée, c’est de conserver un peu de fraîcheur pour le sprint final. « La course se termine par le tour de la Guadeloupe, rappelle le navigateur, ce n’est pas évident, car les vents sont erratiques et il y a beaucoup de manœuvres à effectuer. Il y a huit ans, la victoire s’est jouée sur le fil entre Francis Joyon et Francis Gabard. Ils étaient séparés de huit minutes seulement. » Verdict, autour du 8 novembre …

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