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En piste pour un nouveau cycle, Quentin Fillon Maillet ne s'interdit rien : « il y a mille succès à aller chercher »
Quentin Fillon Maillet
Pour la saison 2027, Quentin Fillon Maillet veut se lancer dans la course aux globes et convoite un titre individuel sur les Mondiaux d’Otepää (Estonie), en février 2027. ©Photo. Augustin THIEFAINE

Chaque matin, il est le premier arrivé au stade des Tuffs de Prémanon. Ce jeudi 29 octobre, rebelote. « Je suis arrivé à 8h, je voulais être là avant lui pour l’embêter. Devinez qui je voyais tourner au loin sur la piste », rigole avec un grand sourire Yves Perret, le manager de Quentin Fillon Maillet.

De la décontraction il y en a à l’heure de cette présaison, mais du travail beaucoup aussi. L’enfant de Saint-Laurent-en-Grandvaux ne chôme pas entre sa vie de biathlète et son nouveau rôle de papa. Réveillé aux aurores, il a changé ses horaires d’entraînement. « Je suis réveillé entre 4 et 5h du matin. Si je m’entraîne plus tôt, je termine plus tôt aussi et peux être auprès de ma famille et de ma fille », glisse le triple champion olympique des Jeux de Milan en février dernier.

L’âge n’est pas une limite

Se lancer dans un nouveau cycle de quatre saisons, à trente-quatre ans, n’est pas monnaie courante dans le biathlon moderne. La vie de jeune papa doit être conciliée à celle d’athlète. Pourtant, Quentin Fillon Maillet refuse de se fixer des limites et ne voit pas l’âge comme un frein, la motivation et l’aspect familial guideront la suite de sa carrière. « Je me lance pour quatre ans, je ne dis pas que tout sera terminé ensuite. Il y a encore mille succès à aller chercher que ce soit sur les Jeux olympiques ou sur le circuit de la Coupe du monde. On a plein d’exemples de sportifs qui continuent de performer après trente-cinq ans, Federer, Djokovic, LeBron James… Pourquoi pas continuer jusqu’à quarante ans, je ne fixe pas de limite. »

Sur le plan physique, le Jurassien balaie tous les doutes : ses tests effectués sur piste sont excellents, affichant même de meilleurs résultats que l’an passé alors qu’il faisait déjà partis des meilleurs skieurs du monde sur les chronos. « Je ne vois aucune baisse sportive. En termes de performances, j’ai été le meilleur sportif sur les Jeux olympiques à trente-trois ans, alors que bien des athlètes arrêtent à trente ans », confie-t-il, fort d’une expérience précieuse qui lui permet de mieux gérer sa préparation, son entraînement et sa récupération. Après avoir connu des périodes pré-olympiques éprouvantes, notamment en 2022 et 2026 où il a eu l’impression de vivre « comme un moine » en se coupant de ses proches. Il a su surmonter le coup de blues du printemps post-Milan.

Quentin Fillon Maillet travaille dur carabine en main pour améliorer un tir qui lui fait souvent défaut et peut l'empêcher d'être régulier.
Quentin Fillon Maillet travaille dur carabine en main pour améliorer un tir qui lui fait souvent défaut et peut l’empêcher d’être régulier. ©Photo. Augustin THIEFAINE

Le tir : le grand chantier pour retrouver les sommets

Si sur la piste il fait partie des tout meilleurs, le plus grand défi du Grandvallier est et reste sa performance derrière la carabine. Facteur X de ses performances globales, Quentin Fillon Maillet ne peut pas se satisfaire de son taux de réussite de 81 % au tir la saison dernière. « J’ai fait quelques petits calculs, et j’ai beaucoup plus à gagner sur le pas de tir que sur la piste. Le gros challenge, il est là. 81 % c’est très médiocre. J’ai très envie de me rapprocher au moins des 90 la saison prochaine et de les dépasser sur les saisons suivantes », explique-t-il avec une ambition qui le caractérise.

« Gagner vingt secondes sur la piste, c’est très dur », reprend-il. « Éviter de lâcher une balle hors cible permet un gain de temps immédiat et colossal en s’épargnant l’anneau de pénalité. » Pleinement investi dans sa préparation physique avant de rejoindre l’équipe de France masculine pour un stage à Geilo (Norvège) il a décidé de ne rien s’interdire cet hiver et vise la régularité, avec, dans un coin de tête, un titre mondial individuel et la conquête du Globe de cristal.

La méthode Mazet

Pour mener à bien ce chantier du tir, Quentin Fillon Maillet peut compter sur le retour de Siegfried Mazet au sein du staff tricolore. Ce dernier ne se définit pas seulement comme un entraîneur de tir, mais comme un «coach de biathlon». Pour l’ancien stratège de l’équipe de Norvège, le physique et le tir sont indissociables. Arriver plus lucide et en forme sur le pas de tir permet de tirer plus vite, tandis qu’un tir parfait évite de rallonger la distance à ski. Cette vision globale séduit particulièrement le Jurassien.

Ce nouveau cycle est également marqué par un changement de matériel historique. Après avoir effectué l’intégralité de sa carrière sous les couleurs de Fischer, QFM a choisi de rejoindre l’équipementier français Rossignol, géant du ski français, nordique comme alpin. Ce choix répond « à un besoin de nouveauté à ce stade de ma carrière, mais aussi à la forte motivation de la marque française à m’accueillir ». Plus globalement, la superstar jurassienne est connue pour ses collaborations avec des entreprises locales ou dans un rayon rapproché de ses terres. La marque iséroise ne fait pas exception.

La paternité comme moteur supplémentaire

Le voilà son véritable supplément d’âme. Si la paternité s’avère parfois « contre-productive au niveau sportif » en raison de nuits hachées et de temps de récupération sacrifiés, Léana apporte sont lot de motivation au champion. « J’ai l’impression de ne plus m’entraîner seulement pour moi, mais un peu pour ma fille », confie-t-il avec émotion. Pendant l’intersaison, le jeune papa s’amusait à poster des clichés d’entraînements partagés avec sa « nouvelle coach », particulièrement « exigeante sur le gainage ».

Bien que les séparations lors des stages et de la saison à venir lui donneront du fil à retordre sur le plan affectif, celles-ci pourront agir comme un moteur. « Il n’y a pas de compromis, mais je dois adapter un peu à tout ça. Je sais que je ne pourrais pas faire tout l’hiver auprès d’elles. » Cet hiver, sa compagne et sa fille viendront le soutenir sur trois étapes de la Coupe du monde. Plus motivé que jamais, le Jurassien est prêt à écrire les prochaines pages de son histoire.

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