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Coupe du monde de rugby à XIII : À Perth, le sport se lève avec le soleil
Maxime Grésèque, Adam Innes et Léo Darrélatour ont enchaîné 45 minutes de courses fractionnées ce mercredi matin dès 7 h B. O.

À l’aube, quand une bonne partie du monde dort encore, joggeurs, marcheurs et cyclistes ont déjà investi les rives de la Swan River. À Perth, dans l’ouest de l’Australie, l’effort matinal dépasse la simple quête de performance, il rythme les journées et façonne un véritable art de vivre. Immersion dans une ville où le premier café se mérite parfois au bout de quelques kilomètres.

5 h 30. Le soleil pointe à peine au-dessus de la Swan River. Sur les chemins qui longent le fleuve, les silhouettes en short et en lycra se succèdent. Certains courent seuls, écouteurs vissés aux oreilles. D’autres avalent l’asphalte en peloton, à vive allure. Plus loin, des actifs marchent déjà vers leur bureau, café à emporter à la main, après quelques kilomètres parcourus avant le travail. "Australian life", résume Jamie, entouré de ses collaboratrices. Les terrasses s’éveillent, les parcs se parent des premières lumières et le café vient récompenser un effort accompli avant même le premier rendez-vous professionnel.

Marche rapide, course et les 2,5 km pour rejoindre les bureaux, à Perth marcher et courir est devenue une routine.
Marche rapide, course et les 2,5 km pour rejoindre les bureaux, à Perth marcher et courir est devenue une routine. B. O.

À Perth, la journée semble déjà bien entamée quand, ailleurs, le réveil sonne à peine. La scène n’a rien d’anecdotique. Selon le ministère des Transports d’Australie-Occidentale, la pratique du vélo a progressé de 11,4 % en six ans. Dans l’agglomération de Perth, environ un habitant sur six enfourche régulièrement son vélo chaque semaine. Et 57 % des cyclistes citent le sport, la santé ou la forme physique parmi leurs motivations. "C’est un art de vivre, une routine, un quotidien", explique Lila, manager de l’hôtel où séjournent les Bleus, face au parc de Langley et à la Swan River.

La fraîcheur comme première motivation

Le premier moteur de cette activité matinale est aussi le plus pragmatique : le thermomètre. À Perth, où les après-midi d’été peuvent devenir étouffants, courir à l’aube relève autant de la discipline que du bon sens. Partir tôt permet de profiter de températures plus clémentes, de chemins encore tranquilles et d’une lumière qui transforme les paysages. Depuis l’arrivée des Bleus, le printemps australien offre des conditions tempérées. Ce mercredi matin, le mercure affiche 15 °C. L’indice UV annoncé pour la journée doit toutefois atteindre un niveau élevé (9). En Australie, la protection solaire fait partie intégrante des habitudes sportives et les Bleus sont parés. L’horaire n’est donc pas qu’une affaire d’organisation, il conditionne aussi la pratique. Mais la météo n’explique pas tout. Ville étendue, Perth bénéficie de vastes espaces naturels, de parcs et d’itinéraires aménagés le long de l’eau. Le vélo devient tour à tour loisir, entraînement ou moyen de transport. La course à pied répond à la même logique : séance structurée, parenthèse solitaire ou rendez-vous collectif. Ici, le paysage n’est pas un simple décor, il invite au mouvement.

Le sport, une affaire de tribu

À Perth, l’effort se partage aussi. Les clubs et les rendez-vous réguliers permettent de progresser, mais surtout d’ancrer l’activité physique dans la semaine. Le Perth Running Club propose notamment des séances matinales, dont certaines dès 6 heures. Une façon de faire du sport un rendez-vous collectif plutôt qu’une contrainte supplémentaire. "Tout le monde peut y aller, même si vous n’êtes pas un grand sportif", souligne Lila. Pas besoin de viser la performance à tout prix, ici bouger, retrouver les autres et commencer la journée dans de bonnes dispositions suffisent.

Impossible à Perth de circuler sur les pistes cyclables autrement qu’à vélo tellement ils sont nombreux à filer le long de la Swan River.
Impossible à Perth de circuler sur les pistes cyclables autrement qu’à vélo tellement ils sont nombreux à filer le long de la Swan River. B. O.

Le staff tricolore n’échappe pas à cette dynamique. Le manager Roger Palisses privilégie la marche matinale, le kinésithérapeute Yann Polesel s’attaque au fractionné et l’analyste vidéo Mathis Giroux opte pour le footing. Maxime Grésèque et Trent Robinson s’imposent, eux, des séances en salle avant que la journée ne s’accélère. Des routines différentes, mais une même volonté de préserver du temps pour soi. Un crédo de toute façon pour les deux préparateurs physiques Mathias Pala qui sont dans leur élément de ce côté-ci du globe.

Une journée qui s’organise autour du matin

Le troisième facteur est celui du temps. Faire du sport avant le travail permet de préserver ses soirées et d’éviter l’arbitrage entre entraînement, vie familiale et obligations sociales. À Perth, où de nombreux commerces ferment relativement tôt, ce choix prend tout son sens. Le matin devient un sas avant les exigences professionnelles. Quelques kilomètres pour s’aérer l’esprit, retrouver de l’énergie ou profiter d’une ville encore calme. L’effort n’est plus seulement physique, il prépare aussi mentalement à la journée.

Et le rituel ne s’arrête pas au bord de l’eau. Après la course ou la sortie à vélo, les cafés prennent le relais. Les tenues de sport se mêlent aux vêtements de bureau et les groupes prolongent leur sortie autour d’un café ou d’un brunch. La récompense est autant sociale que gustative. Selon ABC News, Perth figure, avec Brisbane, parmi les villes australiennes où les commerces de restauration ouvrent particulièrement tôt. Le mouvement se prolonge jusque sur les terrasses, dans une culture où activité physique et vie en plein air se répondent naturellement.

À Perth, être matinal ne consiste finalement pas seulement à avancer l’heure du réveil. C’est profiter de la fraîcheur, retrouver sa tribu et s’offrir quelques instants de liberté avant les contraintes du quotidien. Ici, la performance n’est pas toujours le but parce que le sport vaut aussi pour ce qu’il permet de préserver. Et le premier thé ou café a parfois le goût d’une ligne d’arrivée.

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