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Benoît Paillaugue et le MHR, c’est une histoire qui dure… Selon Midi Libre, l’ancien demi de mêlée a prolongé son contrat d’entraîneur de l’attaque montpelliéraine pour deux saisons supplémentaires (de même que le coach des avants Antoine Battut).
Débarqué sur la côte méditerranéenne à 21 ans, il a joué quinze ans sous le maillot à la fleur de Ciste (avec un Bouclier de Brennus remporté en 2022 et une saison à Toulon en suivant, en 2022-2023) avant d’être nommé entraîneur dans le staff de Joan Caudullo en 2024, peu de temps après sa retraite. Quelques jours après avoir reçu le prix du meilleur staff de Top 14 à la Nuit du Rugby, « la Paille » a reçu Actu Rugby pour évoquer ce rôle d’entraîneur passionnant et vraiment pas évident. Entretien exclusif.
Actu : Vous avez entamé votre troisième saison dans le staff du MHR. Êtes-vous un entraîneur différent de celui de 2024 ?
Benoît PAILLAUGUE : Je pense que je m'améliore. J'ai commencé avec un statut... pas immédiatement voulu, disons. Il a fallu apprendre vite. J'apprends toujours, on apprend toujours, même après dix ans de carrière. On est un staff jeune. Ce n'est pas parce qu'on a fait une bonne saison l'an dernier qu'on remplit toutes les cases. On essaie de s'améliorer, de trouver ce qui marche, ce qui n'a pas fonctionné. On est tous dans ce schéma-là et c'est plaisant parce qu'on se remet en question en permanence et qu'on s'entraide.
Vous aviez été nommé dans le staff de Joan Caudullo en 2024 sans avoir jamais entraîné et vous vous étiez mis beaucoup de pression à vos débuts. Vivez-vous les choses différemment aujourd'hui ?
B.P. : Oui. Au début, tu as envie d'être pris au sérieux, de ne pas passer pour un clown, donc il y a pas mal de pression. Mais tu apprends à vivre avec au fur et à mesure. C'est une nouvelle pression, un nouveau stress, de nouvelles attentes. C'est la troisième saison qu'on vit ça et on prend de la maturité, même si on est encore loin des hauts standings des grands entraîneurs.
Vous aviez déclaré avoir voulu, la première année, "trop marquer la différence" entre l'ancien joueur que vous étiez et l'entraîneur que vous deveniez, et que cela n'avait pas été une bonne approche. Que vouliez-vous dire ?
B.P. : Afin d'être pris au sérieux comme je vous le disais, j'ai voulu couper ce lien qu'il y avait avec les joueurs avec qui j'ai joué. Parce qu'il y avait quand même un lien très fort : je jouais à un poste assez important, j'avais passé 15 ans dans le club, j'avais fait le con avec des mecs, j'avais gagné avec eux...
"En fait, j'ai voulu marquer le coup trop vite et on m'a rapporté que ça avait... (il hésite) pas cassé un lien mais que ça avait été perçu un peu bizarrement. Ensuite, j'ai voulu mettre un peu plus d'eau dans mon vin et créer un lien plus proche qu'avant. Je m'y retrouve aujourd'hui, pour moi aussi. Il ne fallait pas que je me dénature du tout au tout, en voulant couper ce lien au départ comme je l'ai fait."
Ce fonctionnement aujourd'hui vous convient mieux ?
B.P. : Je me sens mieux, bien sûr. J'ai toujours été "déconneur" alors il fallait trouver un juste milieu en ayant une approche amicale, tout en gardant un lien de hiérarchie et en étant capable de dire : "Je suis aussi ton entraîneur et je te demande d'être performant sur le terrain".
Aviez-vous hésité quand votre président, Mohed Altrad, vous avait proposé le poste ?
B.P. : Bien sûr. Pour être tout à fait franc, je pense que je n'y serais pas allé si ça avait été un autre staff. J'étais avec les Espoirs, ça se passait bien. J'étais dans une période où je n'étais plus sous pression tous les week-ends, où ma vie de famille était différente. Oui, on fait le plus beau métier du monde et on a énormément de chance mais c'est aussi très contraignant pour la famille. J'ai connu cette vie depuis l'âge de 18 ans, ces 6 mois avec les jeunes ont fait du bien. J'ai eu une discussion avec ma famille, pour savoir si on repartait là-dedans. Mais parfois, le train ne passe qu'une fois et il faut savoir sauter dedans.
Aucun regret donc ?
B.P. : Pas du tout.
Depuis quelques mois, on parle beaucoup de la santé mentale des entraîneurs. Pierre Mignoni vient de quitter son poste à Toulon. Ressentez-vous une pression plus lourde que quand vous étiez joueur ?
B.P. : Oui. Je n'ai envie d'entrer dans ma vie privée mais évidemment que tout peut changer du jour au lendemain quand tu es entraîneur. Ce n'est pas pareil quand tu es joueur parce que personne ne va virer 45 mecs en même temps. Il y a cette pression du résultat qui est encore plus pesante mais tu le sais quand tu mets les pieds dedans. Surtout quand il s'agit d'un club qui t'est cher, pour lequel tu as mouillé le maillot pendant 15 ans...
"Je ne dis pas que j'aurais travaillé différemment dans une autre équipe mais il y a une vraie fierté d'entraîner l'équipe avec laquelle j'ai joué si longtemps. C'est un goût qui est différent."
Le fait d'entraîner avec des personnes comme Geoffrey Doumayrou, avec qui vous avez beaucoup joué, a été déterminant dans votre décision, comme vous le disiez...
B.P. : On se connaît depuis qu'on a 18 ans. Il n'y a pas de non-dits entre nous, c'est très positif. Et puis, entraîner avec des personnes que tu apprécies, c'est quand même plaisant quand tu pars au boulot tous les matins. On se connaît bien, on peut se permettre de se dire certaines choses sans mal le prendre.
Comment avez-vous appris à être entraîneur en devant être efficace si vite ?
B.P. : En passant mes diplômes d'entraîneur, déjà ! Je me suis aussi servi des expériences des coachs que j'ai eus au club, et il y en a eu quelques-uns... Avant de trouver ton identité, tu essaies de piocher à droite, à gauche, ce qui te correspond et après, tu gardes ou tu ne gardes pas. Il y a des choses sur lesquelles je me suis appuyé avec Jean-Baptiste Élissalde, avec Fabien Galthié, des convictions de jeu qui me sont propres et dans lesquelles je crois... Puis, petit à petit, tu essaies de peaufiner avec tout ça. Au début, tu prends un groupe que tu n'as pas choisi et, au fur et à mesure, tu choisis tes joueurs et ça t'amène vers là où tu veux aller.
Vers où souhaitez-vous aller ?
B.P. : Parfois, on n'est pas patient... On veut jouer à la "baballe" comme on dit mais on n'a pas les joueurs pour. Il faut savoir moduler, un peu comme créer ton propre château. Et puis, au fur et à mesure du temps, tu prends un peu plus de confiance et tu donnes un peu plus de confiance à certains joueurs. C'est un patchwork, en fait.
Ressent-on une forme d'accomplissement en mettant en place un jeu qui suit ses propres convictions après avoir appliqué les plans de jeu d'autres personnes pendant des années ?
B.P. : Il y a des jours où, quand tu regardes les matchs, tu es hyper content de ce que tu as mis en place toute la semaine et qui marche. Et puis, il y a des fois où ça ne marche pas du tout et tu le prends pour toi. Bien sûr, il peut aussi y avoir des facteurs extérieurs, comme la météo. Il faut savoir s'adapter, donc il y a de la frustration. Mais il y a aussi du plaisir de savoir qu'on a réussi à changer de stratégie en cours de match et de gagner quand même.
Y a-t-il un entraîneur qui vous inspire particulièrement ?
B.P. : Je ne sais pas. Je ne crois pas, non.