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Membres de l’Athletic Club Mortagnais (ACM), le club d’athétisme qui a repris son indépendance à Mortagne-au-Perche (Orne), Charlène Deshayes et Jérémy Linet ont chacun pris le départ d’un ultra-trail exigeant.
Entre chaleur, dénivelé, froid et épuisement, les deux coureurs racontent ces épreuves hors-norme, où franchir la ligne d’arrivée est déjà une victoire.
Partie à 8 h du matin, Charlène Deshayes a franchi la ligne d’arrivée près de 24 heures plus tard. Engagée sur la Nice By UTMB, disputée du 24 au 27 septembre 2026, la coureuse de l’ACM a bouclé les 113 km du parcours en 23 h 53.
Pour préparer ce rendez-vous, Charlène avait pourtant mis toutes les chances de son côté. Après une troisième place sur le trail de Vulcain, long de 76 km, elle avait consacré l’été à une préparation intensive.
« C’était très dur cet été avec la chaleur. Je faisais des week-ends avec beaucoup de volume le samedi et le dimanche », raconte-t-elle.
Sur la Côte d’Azur, le parcours n’a rien épargné aux participants. Avec environ 5 800 m de dénivelé positif et 7 000 m de dénivelé négatif, l’épreuve a notamment mis les organismes à rude épreuve dans les descentes.
La chaleur du début de course a laissé place à des passages particulièrement techniques, où les pierres se sont accumulées sous les pieds des coureurs.
À la fin, j’avais mal partout. Il y avait énormément de pierres. C’était horrible, avec la chaleur au début et les descentes hypertechniques à la fin.
Dans cette difficulté, les paysages ont toutefois offert de belles récompenses. Les villages perchés et les panoramas de la région ont marqué la coureuse, même lorsque la fatigue prenait le dessus.
Elle s’était fixé un objectif ambitieux : terminer en 21 heures. Avec un chrono de 23 h 53, elle reste au-delà de son temps espéré, mais retient avant tout l’essentiel. Sur environ 1 200 partants, les abandons ont été nombreux. Aller au bout de ces 113 km représente donc déjà une satisfaction.
Reste maintenant l’après-course, un moment plus délicat qu’il n’y paraît.
Comme après chaque course, je suis toujours un peu déprimée. C’est le vide de l’après-course. C’est fini, il faut penser à autre chose, à une autre course.
La suite pourrait prendre une autre direction. Charlène aimerait refaire un 100 km, mais s’interroge sur la place de telles distances dans la durée. « Je ne pense pas faire ça toute ma vie, car mon corps n’est pas fait pour ça, je pense. »
Elle envisage plutôt de se spécialiser sur des formats de 50 à 60 km, avec une ambition supplémentaire : pourquoi pas, un jour, essayer d’en gagner un.
Pour Jérémy Linet, l’ultra-trail d’Aubusson-d’Auvergne devait permettre de tourner la page d’une saison qui ne s’était pas déroulée comme prévu. Son grand objectif de l’année était l’UT4M, mais le projet n’a pas abouti comme il l’espérait. Le coureur de l’ACM avait donc une autre ambition en tête : valider à nouveau un 100 miles.
À l’origine annoncé sur 177 km, le parcours s’est finalement étiré jusqu’à 184 km. Et les conditions météorologiques ont transformé l’épreuve en un véritable combat.
Après plusieurs mois de canicule, les coureurs ont retrouvé un tout autre décor : brouillard, pluie, froid et boue en Auvergne. Le brouillard s’est installé dès le vendredi soir, vers 20 h, et n’a quasiment pas laissé de répit jusqu’au samedi soir.
Jérémy était pourtant bien lancé.
J’étais bien jusqu’au 105e kilomètre. Mais au fil des heures, la fatigue et les conditions ont fini par peser. Au col du Béal, le vent, la pluie et le froid ont rendu la progression particulièrement difficile. Le jour semblait ne jamais vouloir se lever, moralement c’était compliqué.
Au 125e kilomètre, le coureur a même frôlé l’hypothermie. Il a dû courir avec sa couverture de survie pour ne pas abandonner. Sans assistance, sans personne pour le ravitailler ou lui redonner de l’énergie sur le parcours, la tâche était encore plus compliquée.
« J’ai fini pour finir », résume-t-il. Une formule qui dit beaucoup de la détermination nécessaire pour poursuivre lorsque l’objectif.
L’épreuve a été marquée par un taux d’abandon particulièrement élevé, de l’ordre de 50 %. Jérémy a finalement terminé en 28 h 25, après un départ le vendredi à 18 h et une arrivée le samedi à 22 h. Il se classe 19e finisher.
« Content de finir dans ces conditions », retient-il, avec le sentiment de ne pas avoir été épargné par les circonstances.
Cette course était aussi le dernier gros chantier de sa saison de trail, après plusieurs rendez-vous, dont la MaxI Race, les championnats de France de marathon où il était parti avec les élites, la Vulcain et l’UT4M qu’il n’a pas pu terminer. Il avait également signé une quatrième place sur le format 60 km des Rois maudits, aux Andelys.
La route, justement, devrait désormais appartenir au passé. Jérémy avait choisi le marathon pour obtenir des chronos officiels et savoir précisément ce qu’il valait sur cette distance. Il visait notamment les 2 h 45, mais une blessure à l’ischio-jambier, l’a empêché d’atteindre cet objectif.
Pour la saison prochaine, le choix est fait : place au trail, et au long. Le coureur prévoit notamment deux épreuves de 100 miles. Après une courte coupure d’une semaine, il reprendra aussi la préparation pour la saison de cross, un passage qu’il juge utile pour retrouver du rythme.