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Les statistiques sont folles. Kimi Antonelli a été sacré champion du monde à 20 ans, 2 mois et 7 jours, une précocité incroyable. Fangio l'avait été à 40 ans, Prost à 30, Schumacher à 25, Hamilton et Vettel à 23, Verstappen à 24 et Ayrton Senna à 28. Il y a d'ailleurs des points communs avec l'ange brésilien. Comme un symbole, le pilote Mercedes est né le 25 août 2006 dans l'hôpital où Senna est mort le 1er mai 1994, après son accident sur le circuit d'Imola.
Au-delà d'une légère ressemblance physique sur certaines photos (le regard, les légères bouclettes), les deux champions partagent des caractéristiques communes. Ils ont une sorte de grâce dans leur façon de piloter, tout en affichant une agressivité et une prise de risque de tous les instants. Cette saison, à Monaco, l'Italien, 19 ans, a signé la pole position avec un tour qu'il a qualifié de « magique ». Il a ensuite remporté la course avec autorité, malgré deux voitures de sécurité et un second départ, et a signé le meilleur tour en piste. Ce sentiment de maîtrise rappelle celui de Senna, vainqueur à six reprises dans la Principauté. En voyant ces tours, on songe à cette phrase du Brésilien en 1988 : « J'ai réalisé que je ne pilotais plus de manière consciente : j'étais entré dans une autre dimension. Le circuit était devenu un tunnel dans lequel je m'engouffrais, encore et encore, toujours plus loin. Je me suis aperçu que j'allais au-delà de toute perception consciente. J'étais en train d'accélérer encore et encore et encore. J'étais au-delà de la limite mais toujours capable de la repousser… »
Une même sensibilité les rend attachants. Antonelli a avoué avoir dû ralentir dans le dernier tour à Mexico, car il n'y voyait plus rien : il était submergé par l'émotion. « Je voyais les deux Ferrari devant moi à travers les larmes (rires). Je ne voulais pas avoir d'accident, alors je les ai laissées filer. Beaucoup de souvenirs me sont revenus à l'esprit à ce moment-là. Depuis le karting jusqu'à aujourd'hui, c'était un dernier tour spécial. Quand j'ai franchi la ligne, c'était… Réaliser son plus grand rêve, c'est incroyable », a-t-il expliqué en conférence de presse. Loin d'être un surhomme, il est parfois à fleur de peau. Ce dimanche, il a beaucoup pleuré. Le reste de la saison, il a commis des erreurs qu'il a su corriger immédiatement.
Selon le New Yorker, Antonelli s'est rendu deux fois sur la tombe de Senna et s'est assis à proximité pour lire une biographie du Brésilien. Le journal américain révèle aussi qu'au siège de Mercedes, il avait l'habitude de porter un short noir et un tee-shirt blanc à l'effigie de Senninha, personnage de BD brésilienne apparu quelques mois avant la mort de Senna.
Pourtant, Antonelli refuse de se comparer à son idole. « Je ne trouve pas cela très juste », expliquait-il en juin. Il a néanmoins choisi pour sa monoplace le numéro 12, le même que Senna, et pourrait le conserver l'an prochain plutôt que de prendre le 1. Le numéro des champions du monde.